Peinture abstraite et livres d’artiste  

m  i  c  h  e  l     r  e  m  a  u  d

Note bibliographique du moine-poète Gilles Baudry

           sur Ici même dans la Chronique de Landévennec (n°61)

 

  

 Comment ne pas savoir gré à l’éditeur de ce bel ouvrage d’avoir sorti le grand jeu, le grand format ? C’est une heureuse partition à quatre mains qui nous est offerte avec cette rencontre féconde entre un plasticien de premier plan et un écrivain de talent qui excelle dans l’art japonais du haïku.

    En liminaire, Pierre Tanguy précise qu’il ne s’agit pas de poèmes illustrés par un peintre, mais d’un écho pictural comme chambre d’écho. Et, en postface, Alain Kervern, grand spécialiste des haïkus, ancien enseignant de japonais à l’U.B.O. admire cette totale réussite dans la technique du haïga. Celle-ci, dit-il, évoque des moments de la vie quotidienne en combinant poème et dessin ou haïku et peinture, « associant ainsi deux expressions artistiques différentes sur un même support ».

    Trois fois rien… et tout est là. Jaillissement du pinceau et notations brèves, fulgurantes, du passage de l’infini sur la tige de l’instant. Quelque chose d’heureux, de tonique, émane de ce corpus par la justesse et la concision du trait. Ces précipités de l’âme traduisent du silence la saveur des choses, la saveur du monde. Michel Remaud a le don de l’unique trait et Pierre Tanguy le secret de ce que Georges Perros appelait ces « riens somptueux ». Il y aurait trop à citer, mais ceci, des deux haïkus (p.16) qui réconcilient l’intime et le lointain :

 

         Marée basse

         les rochers s’éloignent

          avec les cormorans

                                                                     Par marée descendante

                                                                     les îles lointaines

                                                                     soudain si proches

 

… et un troisième qui est un clin d’œil :

 

          A l’atelier de pâtes de fruits

          dans ses bottes blanches

          un moine

                                             

                                                                                           Fr.Gilles

 

 

Pierre Tanguy-Michel Remaud : Ici même. La Part Commune, 2014, 95 Pages, 19 euros.

 

Dans la revue poétique en ligne « Recours au poème »

 

Pierre Tanguy et Michel Remaud, Ici Même

par : Jean-Pierre Boulic

 Les belles éditions rennaises La Part Commune publient Ici même sous la plume de Pierre Tanguy rehaussée du subtil pinceau de Michel Remaud. Ouvrage où il nous est donné à contempler, De l’Extrême-Orient à ‘l’Extrême-Occident’, le « haïga », association d’un haïku à une image, comme l’explique fort bien l’éminent ‘haïkiste’ Alain Kervern, dans la postface du recueil.

En trois parties, Sur la côte, Dans les terres, Au jardin, ces chemins, ces lieux qui sont les siens et probablement son univers, Pierre Tanguy se fait le créateur de l’instant qu’il rend vivant. Il palpe les rapports intimes et secrets des choses, les correspondances et les analogies ainsi que Michel Manoll a voulu l’écrire au sujet de l’œuvre de René Guy Cadou.Et pour l’exprimer, il confie à ces moments offerts leur part d’émotion : Montant dans le train/elle serre très fort/son bouquet de lilas ; La pointe rouge/du premier bouton de camélia/me rassure ; leur trace d’humour Grands gravelots trottinant/dans la laisse de mer/quelle pagaille ! ; leur surprise : Cette racine brune/glissant entre mes pas/une petite couleuvre ; Un renard bondit/devant la roue de mon vélo/la belle journée ; aussi la tendresse de l’amour : Au cœur du trèfle violet/la voix de mon père/traversant un champ ; la bêche de mon père/son vieux manche/me donne des forces ; En fleurissant/ces plants de giroflées/ressuscitent ma mère.

Il faut ajouter que chaque page, sans confusion aucune, sans illusion, sans complaisance, en butinant mots et couleurs, laisse deviner quelque chose du mystère de la vie ainsi que les livres de Pierre Tanguy nous le donnent chaque fois à sentir et goûter (ah ! la confiture de cassis).

C’est sûrement ce que Michel Remaud, maître de son art, dans un langage personnel et épuré, révèle ou ressuscite en ouvrant le regard aux perceptions de ce qui nous dépasse, ces couleurs de l’âme qu’il met « en pleine lumière » selon son propos.

Voilà un recueil où tout peut se lire, se contempler avec François Cheng, c’est-à-dire communier et faire advenir la beauté, selon la citation portée en exergue de l’ouvrage.